Une nouvelle vie

Cette fois, ça y est, la guerre est finie. Après quatre années suspendues aux temps de l’armée, Drancy peut reprendre le fil de son histoire.

Nous sommes le 30 novembre 1918, en pleine séance du conseil municipal. Après avoir évacué quelques affaires courantes, le maire, Marie Frédéric Champion, prend la parole d’un ton solennel :

Le Conseil municipal de Drancy, réuni en séance ordinaire,
Adresse à M. Poincaré, président de la République, à M. Clemenceau, président du Conseil et aux membres du gouvernement, l’hommage unanime de leur admiration pour l’œuvre qu’ils ont si bien conduite concernant la défense de la Nation.
Au nom de la population de Drancy, exprime ses sentiments immortels de reconnaissance à nos morts et aux vaillants chefs et soldats ainsi qu’à nos fidèles alliés qui ont tous bien mérités de la Patrie et de l’Humanité. Vive la République !


Un goût doux-amer

L’heure est à la victoire, mais peut-être pas à la fête dans tous les foyers de la ville. Drancy, qui comptait environ 8000 habitants avant guerre, a en effet payé un lourd tribu : plus de 200 de ses enfants ne sont pas revenus du front. Même chez le maire, qui a dû gérer quatre années extrêmement complexes et venir en aide à ses administrés souffrant des restrictions, le cœur n’y est pas. Son fils de 20 ans, René, est tombé au combat dans la Somme à peine six mois auparavant. L’année suivante, il ne se représentera pas lors des nouvelles élections municipales, après onze années passées à la tête du conseil. C’est un autre représentant de la SFIO qui sera élu, Eugène Marius Duchanel.
Il faudra attendre encore de longs mois pour que Drancy retrouve son calme et pour que les installations militaires quittent la ville. La vie reprendra son cours, mais plus jamais elle ne sera la même. Le monde rural, avec ses fermes et ses champs, son temps qui s’écoule au rythme des saisons, va très vite s’estomper face à l’urbanisme galopant des lotissements. Le village se fait ville. Et si, autrefois, chacun vivait ici dans un monde protégé de l’extérieur, il faut désormais se rendre à l’évidence : Drancy doit s’ouvrir. C’est pourquoi l’une des grandes batailles de cet après-guerre sera celle du tramway. Il faudra des années pour le voir circuler dans les rues drancéennes.

Du pain sur la planche

En attendant, en 1919, face à l’augmentation en flèche de la population, il est urgent d’organiser la ville, à commencer par le cimetière qu’il faut agrandir, notamment pour y inhumer les corps de nombreux soldats. Mais il faut aussi pouvoir répondre aux demandes des habitants. On se met alors à la recherche d’un nouveau bâtiment pour la Mairie, désormais trop à l’étroit dans la Maison Levasseur acquise en 1840. Un nouveau statut sera également octroyé aux employés municipaux dont le nombre s’accroît rapidement. Et puis, il y aura les travaux d’assainissement, de voirie, la création de nouveaux services, de multiples écoles et logements à construire...
L’entre-deux guerres débute. L’avenir s’annonce exaltant puisque la Der des ders vient de se terminer par une victoire. Deux décennies plus tard, Drancy va pourtant déchanter et se retrouver, à nouveau, dans la tourmente de la guerre.