Avec ses quatre centres municipaux de santé (CMS), son centre dentaire et ses deux PMI, Drancy est une ville particulièrement volontaire dans le domaine de la santé. Mais dans un contexte national de forte tension sur les ressources médicales, la vigilance et l’anticipation sont indispensables.
Inauguré le 27 octobre 1963, le centre médico-social Henri Wallon est toujours le navire-amiral de la santé communale à Drancy. Il remplaçait alors le vieux dispensaire pour les “nécessiteux et les indigents” créé dans les années 20. Mais, malgré ses soixante années bien sonnées, n’allons pas imaginer un établissement vétuste vivant sur ses acquis. En effet, la population drancéenne et les pathologies ont changé : de nouvelles maladies apparaissent et les attentes ont évolué.
La population de Drancy reflète bien celle d’un département où l’on trouve un grand nombre d’habitants souffrant de pathologies chroniques, comme le diabète de types 1 et 2. Il y a ici une surexposition aux risques, une précarité plus importante, des origines ethniques avec des pathologies distinctes...
Et Drancy a une autre particularité : ses habitants sont un peu plus âgés que ceux des communes avoisinantes. Ce qui entraine plus de soins pour ces maladies chroniques. “Il y a donc plus de suivi avec son médecin traitant qu’il y a, par exemple, une trentaine d’années, explique Olivier Barclay, médecin coordinateur des CMS drancéens. C’est le cas dans toute la France, mais ce fait est amplifié en Seine-Saint-Denis à cause de la précarité. Les habitants se soignent peu et ont peu accès aux médecins traitants. D’où l’importance d’avoir des centres municipaux de santé avec autant de praticiens. Nous apportons des soins à une population délaissée par les institutions, notamment à Drancy, à cause des départs en retraite des médecins libéraux qui ne sont pas remplacés. Nous avons beaucoup de patients avec des dossiers médicaux assez lourds qui arrivent chez nous parce qu’ils n’ont plus de médecins traitants et qu’ils n’en trouvent plus. C’est pourquoi nous avons, hélas, des délais qui s’allongent"
Une pathologie toute simple devient préoccupante lorsqu’on ne la soigne pas. À Drancy, la présence des CMS au sein des quartiers prioritaires de la ville - créant ainsi une véritable médecine de proximité - permet une partie de cette prise en charge. Toutes les communes n'ont pas autant de centres. Certaines n’en ont même pas.
Notre ville est donc loin d’être un désert médical. Les CMS amortissent en partie le choc des départs en retraite et la présence d’hôpitaux à proximité peut faire bien des envieux dans certaines autres régions françaises. Néanmoins certains spécialistes sont de plus en plus rares. On pense, par exemple, aux gynécologues ou aux dermatologues. C’est pourquoi, dans un contexte national de fortes tensions sur le recrutement des professionnels de santé, les CMS sont engagés de manière permanente dans la recherche et la fidélisation de praticiens, afin de garantir la continuité et la qualité de l’offre de soins proposée à la population.
“Dès qu’un médecin veut s’installer à Drancy, nous lui proposons soit le libéral en l’aidant, par exemple, à trouver des locaux, soit nous l’orientons vers les CMS s’il veut être salarié, confirme le docteur Barclay. Le but est d’étoffer l’offre de soins pour que les Drancéens puissent se soigner. Peu importe les moyens”
Les sources de financements des CMS sont la Sécurité sociale, l’Agence régionale de santé, le département pour les PMI et surtout la ville. Pourtant, la santé n’est pas une compétence des communes, qui peuvent très bien décider de suspendre leurs financements pour réduire leurs déficits. Ce n’est pas le cas à Drancy. Lorsque des subventions sont disponibles pour, par exemple, moderniser les systèmes informatiques qui évoluent sans cesse, la ville et ses CMS en font la demande systématiquement. L’État délègue de plus en plus aux villes la compétence de la santé, qui lui est propre, mais sans apporter les financements nécessaires en contrepartie.
Alors, les temps changent, tout comme les patients et les médecins, qui ne veulent légitimement plus travailler 70 heures par semaine, sans vie de famille. “Le Covid a changé certaines choses, précise le docteur Barclay. Les patients sont un peu plus exigeants. C’est tout à fait légitime, mais ils ont parfois l’impression que ce que nous leur proposons est un dû, puisque nous sommes un service public. Comme pour les enseignants, nous sommes de temps à autre chahutés. Avant, lorsque vous vous posiez une question de santé, vous alliez lire une encyclopédie. Puis est venu le temps de la quête sur Google. Maintenant c’est sur ChatGPT. Depuis le Covid, on a l’impression que la médecine appartient à tout le monde. Rappelez-vous les avis sur la chloroquine ! Mais ne nous plaignons pas : à Drancy, la très grande majorité des patients nous font confiance”.
Ce qui change aussi, ce sont les maladies. De nouvelles maladies apparaissent, comme le Covid, certaines refont leur apparition, comme la rougeole, et d’autres pourraient bien s’implanter très prochainement, comme la dengue. “Nous sommes très vigilants concernant la prolifération des moustiques tigres, confirme le docteur, un peu inquiet. Jamais je n’en avais vu autant à Drancy que l’an passé”.
2 questions à
Rabéha Soltani
Adjointe au maire, chargée de la Santé
Comment se porte le domaine de la santé à Drancy ?
La volonté municipale est bien entendu de maintenir l’offre à Drancy, même si nous sommes de plus en plus en flux tendu. Nous essayons constamment de favoriser l’installation de nouveaux praticiens, tant dans nos CMS que dans des cabinets privés de la ville, alors que la moyenne d’âge des médecins augmente rapidement et menace un équilibre déjà très précaire. C’est pourquoi nous devons nous battre car la concurrence est rude avec les autres villes. Il faut trouver des solutions innovantes et efficaces. La santé ne peut pas être le lieu de combats idéologiques.
C’est pour cela que la ville compte ouvrir une nouvelle Maison de santé, dans les anciens locaux d’EDF, rue de la République ?
Bien sûr. Notre ambition n’est pas de favoriser la médecine libérale, au détriment de nos CMS. Il n’y a pas deux médecines opposées. Car il est clair que la disparition progressive des cabinets à Drancy, comme dans de très nombreuses autres villes, engendre systématiquement une augmentation de la fréquentation des hôpitaux avoisinants, qui sont déjà à saturation, et de nos CMS. Mais ceux-ci ne peuvent pas accueillir toute la population drancéenne avec 63,85 équivalents temps plein, dont 16 agents administratifs. C’est pourquoi, après une première expérience qui nous a beaucoup appris avenue Henri Barbusse, ouvrir une nouvelle Maison de santé où nous favoriserons l’installation de médecins généralistes et de spécialistes est une aubaine, tant pour favoriser la médecine de proximité que pour réduire la pression sur nos centres.


