Vie municipale

Un budget sous tension, des projets poursuivis

Dans un contexte économique et international particulièrement incertain, mais surtout un désengagement de l’État, le budget 2026 est rude. Les recettes baissent ou stagnent, pendant que les coûts augmentent, comme pour tout le monde. Pour maintenir son équilibre financier, le nouveau conseil municipal a été contraint à une hausse des impôts locaux.

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Le budget 2026

Un budget communal se décompose en deux parties : le fonctionnement (les dépenses qui reviennent tous les ans) et l’investissement (les dépenses ponctuelles d’équipements). À Drancy, si les investissements sont nombreux actuellement, ils sont bien maîtrisés, le plus souvent subventionnés et financés essentiellement par emprunt. La dette est sous contrôle.

Avec le budget voté le 13 avril, le ratio de désendettement de Drancy qui était de 9 ans en 2024, passé à 13,1 ans en 2025, redescend à 12 ans (pour 155 millions d’euros de dette). Ce d’autant qu’il s’agit d’une dette dite “de qualité” car très largement constituée d’emprunts à taux fixes et très bas. Pour ce qui est du budget de fonctionnement, la situation est en revanche devenue plus compliquée. Car c’est dans cette partie que les recettes doivent obligatoirement être supérieures aux dépenses. Or, les difficultés financières de l’État l’ont conduit à progressivement limiter, voire réduire, les recettes accordées aux communes, pendant que les dépenses, que souvent il décide et impose lui-même, sont en hausse continue. Cela a conduit ces dernières années à voir notre capacité d’autofinancement (capacité d’épargne qui est le total des recettes moins le dépenses) à fondre comme neige au soleil.

Les deux principales recettes de la commune sont de très loin les dotations de l’État (52%) et la taxe foncière. Et cette année, encore plus que les précédentes, Drancy est pénalisée sur les deux tableaux. Notifiées le 27 mars dernier (deux semaines après les élections) les dotations de l’État sont en légère baisse en euros courant, mais en baisse permanente en euros constants (c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation). Par exemple, la dotation forfaitaire, soit la part principale des subsides de l’État, qui est en 2026 de 11,05 millions d’euros se montait à 12,89 millions d’euros il y a dix ans (2016). “Il manque donc 1,8 millions d’euros en euros courants, mais en pouvoir d’achat, c’est bien pire, c’est environ 4,58 millions !”, a ainsi expliqué au conseil municipal le maire, Jean-Christophe Lagarde. Et le même scénario se répète à peu près sur toutes les lignes de recettes venant de l’État. Ainsi, autre exemple frappant, l’attribution de compensation métropolitaine, créée avec la Métropole du Grand Paris (MGP) en 2016, afin de compenser le transfert de ressources fiscales comme la cotisation foncière des entreprises (autrefois perçue par Drancy, désormais par la MGP). Cette attribution est restée figée dans le temps à un tarif fixe de 16,25 millions d’euros. “Sur la décennie, c’est encore 3,8 millions d’euros de pouvoir d’achat perdu, dont 370 000 supplémentaires rien que cette année, l’équivalent de 1% d’impôts en un an, rien que sur cette ligne”, a encore expliqué le maire. On peut faire la même démonstration pour la compensation de feu la taxe d’habitation, que l’État a supprimé progressivement de 2021 à 2023. Or, depuis 2023, ce sont encore 2 millions d’euros en moins pour les caisses de Drancy

L’autre mauvaise surprise provient des bases fiscales. Là aussi, pour absorber la hausse des coûts elles devraient augmenter un peu chaque année, ne serait-ce que par l’arrivée de nouvelles constructions et la prise en compte de l’inflation. Mais cette dernière est insuffisante (+0,8% alors que l’inflation est de 1,7%). Et malgré les constructions, les bases stagnent sous l’effet conjugué d’exonérations décidées par l’État et même d’erreurs de prévisions par ses services fiscaux. En effet, l’État ne compense plus qu’à 40% les exonérations accordées pour la construction ou la rénovation de logements sociaux, et à 6% celles accordées pour la rénovation énergétique chez les particuliers. Le reste représente autant de perte pour le budget communal, soit 1,25 millions par an, soit près de 4% d’impôts. Quant aux erreurs de prévision, l’État avait annoncé 102,2 millions d’euros de base fiscale à la ville en 2025. Finalement, ce ne fut que 100,5 millions...

Quand on regarde nos villes voisines, on s’aperçoit que bien que de deux bords opposés, Bobigny (LFI-PC) et Aulnay-sous-Bois (LR) ont subi les mêmes phénomènes. Ainsi, c’est dès 2023 que Bobigny a augmenté ses impôts de 28%. Et cette année, c’est au tour d’Aulnay-sous-Bois d’augmenter à son tour de 28% ses impôts locaux. "Ce n’est pas une consolation, mais ce sera deux fois moins chez nous et par rapport à Bobigny, nous avons pu épargner nos habitants pendant 3 ans de plus", indique le maire, Jean-Christophe Lagarde. Une fois cela posé, la Municipalité n’a que deux manières d’agir : où peut-on économiser ? Et si ça ne suffit pas, il faut trouver des recettes.

Du côté des économies, tous les services ont du serrer les boulons. Résultat 2,1 millions d’euros de dépenses courantes en moins. Et cela se verra. Suppression de manifestations municipales, journal qui ne sera plus publié qu’une fois par mois à partir de septembre, réduction du nombre de places réservées en crèche, diminution des effectifs d’agents municipaux sont quelques exemples de décisions pour y parvenir. Ces efforts de gestion permettront de contenir la hausse des dépenses de fonctionnement à +1,6 %, inférieure à l’inflation. Malheureusement, cela sera insuffisant.

La commune n’a pas la main sur nombre de ses dépenses. Trois exemples parmi tant d’autres : l’augmentation des cotisations sociales et des salaires des agents municipaux décidée par l’État représentent 1,2 millions d’euros en 2026, soit environ 3% d’impôts. Et ce n’est pas fini, puisque les cotisations sociales augmenteront encore d’1,4 million entre 2026 et 2028. Il faudra aussi subir la hausse prévisible du coût des énergies. Drancy n’y échappera pas totalement, bien que moins touchée que d’autres villes grâce à ses panneaux photovoltaïques, son important réseau de géothermie et sa flotte de véhicules 100 % électrique qui amortiront une partie du choc. Enfin, chaque année l’État fixe nos participations obligatoires, comme le financement des sapeurs-pompiers qui nous protègent.

Le budget 2026 en un coup d’œil

234,24 M€ pour faire fonctionner la ville
et poursuivre les grands projets

234,24 M€Budget total
134,77 M€
Faire tourner la ville au quotidien
99,46 M€
Préparer l’avenir

Fonctionnement

Entretien, services municipaux, agents, écoles, équipements publics.

Investissement

Écoles, voiries, équipements sportifs, quartiers en transformation.

Fonctionnement
Les dépenses de fonctionnement sont prévues à 118,35 M€
La ville prévoit de poursuivre les projets déjà engagés plutôt que de lancer de nouveaux grands programmes.

Un budget qui vise à maintenir les services publics et à poursuivre les équipements utiles aux Drancéens.

32,13%Administration générale
11,53%Environnement
1,97%Contribution à Paris Terres d’Envol
4,12%Habitat-urbanisme
3,49%Culture
8,89%Santé-social
2,66%Économie-emploi
3,72%Sécurité et salubrité publiques
15,60%Éducation
10,04%Sport
5,83%Enfance-jeunesse

Dotation globale de fonctionnement par habitant versée par l’État en 2026

Drancy
327 €
Noisy-le-Sec
345 €
Le Blanc-Mesnil
346 €
Aubervilliers
411 €
Bobigny
432 €
La Courneuve
464 €
Bondy
509 €

Évolution de la taxe foncière

Au total, entre les recettes qui stagnent ou régressent et les décisions de l’État qui augmentent nos dépenses, et malgré les économies réalisées, c’est un peu plus de 6 millions d’euros qui manquent pour équilibrer le budget de la ville. C’est dans ce contexte qu’une augmentation de 6 points de la taxe foncière a du être décidée pour préserver l’équilibre financier de la commune. "Nous avons bien conscience que c’est un effort important pour les Drancéens (de 20 à 40 euros par mois, selon les propriétaires), notamment nos anciens. Mais c’est inévitable pour garantir la continuité de nos services publics essentiels. Par ailleurs, nous avons décidé de retarder tous les travaux qui n’étaient pas encore lancés", explique le maire.

L’opposition a beaucoup critiqué cette décision, prétendant par exemple qu’elle était connue avant les élections. La preuve leur a été fournie en conseil municipal que l’État n’a donné connaissance aux communes (à Drancy et ailleurs) de leurs recettes que le 27 mars dernier, soit 12 jours après les votes. "Au contraire, j’ai expliqué pendant toute la campagne que l’État allait nous mener la vie dure du fait de sa situation financière, et qu’on ne savait pas à quelle sauce on allait être mangé", a ajouté Jean-Christophe Lagarde. Mais surtout, les mêmes opposants qui multipliaient les promesses de dépenses pendant la campagne électorale, ont cette fois contesté cette hausse d’impôts en réclamant des économies. Le maire, Jean-Christophe Lagarde, les a pris au mot en indiquant qu’il accepterait leurs propositions d’économies si elles permettaient de limiter ou de supprimer la hausse d’impôts. Mais là ce fût le silence radio. Les uns disant qu’ils n’étaient pas là pour ça, les autres prétendant que la ville avait 180 millions de dettes, alors qu’en réalité c’est 25 millions de moins, les troisièmes proposant d’étaler dans le temps des travaux déjà réalisés...

"Au total, ils refusent toute hausse d’impôts mais sans être capables de proposer un centime d’économie ! C’est de la démagogie. Et je les sens bien gênés aux entournures quand nous comparons notre hausse d’impôts à celles que doivent supporter les habitants de Bobigny ou d’Aulnay", estime le maire. Relativisons tout de même ! Un simple examen des taux annuels sur 25 ans montre une réelle stabilité (cf courbe ci-dessus). En cumulé et lissé sur la période, la hausse est de 0,76 % par an. Nettement inférieure aux villes voisines comparables, dont les rentrées fiscales demeurent bien au-dessus. “Le produit fiscal s’élève à 1 060 € par habitant à Drancy, contre 1 115 € en moyenne dans les villes de la même strate”, explicite Anthony Mangin, 1er adjoint chargé des Finances. C’est d’autant plus notable que dans le même temps, la ville n’est pas parmi les mieux pourvues du département concernant les dotations de l’État rapportées au nombre d’habitants.

Malgré ces contraintes, la municipalité fait le choix de maintenir ses priorités en faveur des habitants pour finir les chantiers engagés. L’éducation reste une priorité majeure avec la construction du futur groupe scolaire du Baillet qui ouvrira pour la rentée 2028. Parallèlement, la poursuite des travaux au stade nautique, la reconstruction de Gaston Roulaud (22,7 millions) et la fin du quartier du Baillet seront nos seuls investissements. "Il en sera de même en 2027, avant que la situation financière de la ville s’améliore nettement en 2029 et 2030, avec le plein effet des économies que nous engageons, la fin d’un certain nombre d’emprunts et des recettes nouvelles. Si l’État n’en rajoute pas plusieurs louches d’ici là..." conclut le maire, Jean-Christophe Lagarde.

Évolution de la taxe foncière
entre 2014 et 2024

intègre les hausses de l’État, du Département et des villes
Sevran
25,5%
Aulnay-sous-Bois
32,6%
Le Bourget
39,5%
Drancy
39,8%
Montreuil
45,2%
Pantin
49,5%
Bobigny
51,9%
Saint-Ouen-sur-Seine
55,2%
Bagnolet
64,6%
Source : Observatoire des taxes foncières UNPI