Tapage nocturne, fêtes à répétition, allées et venues inhabituelles dans les parties communes, stationnement anarchique devant certaines propriétés, prostitution... Les services municipaux ont reçu un nombre de plaintes croissant de riverains faisant état de nuisances liées à des logements proposés sur les plateformes de location touristique. Comme plus de 200 communes françaises, la Ville a donc décidé d’activer un dispositif de régulation des locations meublées touristiques disponibles sur les principales plateformes que sont Airbnb, Booking et Abritel.
« Nous ne voulons pas que certains quartiers deviennent des lieux de passage permanent, ni que le marché de la location résidentielle s’appauvrisse », indique le maire, Jean-Christophe Lagarde. Il ne s’agit pas de remettre en cause les locations occasionnelles entre particuliers, mais « d’empêcher que le logement résidentiel se transforme en activité commerciale, nous privant de logements nécessaires, et générant des nuisances pour le voisinage ou pire, en activité de prostitution, comme cela nous a déjà été rapporté » à plusieurs reprises.
D’ailleurs, Airbnb interdit explicitement l’utilisation de ses logements pour des « services sexuels rémunérés » et indique qu’elle coopère avec les forces de l’ordre lorsque de tels faits lui sont signalés. Mais de là à le prouver...
Un phénomène non négligeable
Il y avait 371 annonces de locations touristiques actives à Drancy en juin 2026, toutes plateformes confondues, selon les données d’AirDNA. Cette entreprise spécialisée dans l’analyse de données du marché de la location courte durée indique aussi que 77,1 % des annonces (soit 286) concernent des logements entiers et que 58,2 % sont proposées durant 271 à 365 jours par an. En 2025, l’Atelier parisien d’urbanisme recensait pour sa part 253 logements en location sur Airbnb, dont 194 logements entiers.

Les nouvelles règles
Première étape : comme le lui permet la loi Le Meur, entrée en vigueur au 1er janvier 2025, le conseil municipal de septembre a voté une délibération qui limite à 90 au lieu de 120 le nombre maximal de jours par année civile durant lesquels la location touristique est possible dans une résidence principale. Mais le dispositif ne s’arrêtera pas à cette limitation.
Par ailleurs, depuis mai dernier, un règlement européen rend obligatoire l’attribution d’un numéro d’enregistrement à 13 chiffres. La Ville impose donc désormais aux propriétaires de se déclarer en mairie afin d’obtenir un numéro d’enregistrement, qui devra notamment figurer sur les annonces publiées sur les plateformes de location. C’est un outil supplémentaire pour suivre le marché des meublés touristiques et pour contrôler plus facilement le respect des règles applicables.
« La loi Le Meur marque un changement d’approche : le développement des locations de courte durée n’est plus seulement considéré sous l’angle touristique, mais aussi comme une question de politique du logement et d’aménagement du territoire. Les collectivités disposent d’outils renforcés pour limiter la transformation du parc résidentiel en hébergements touristiques, particulièrement dans les zones où la tension immobilière est forte, ce qui est le cas de Drancy », explique le maire.
Concernant les propriétaires de résidences secondaires, la loi n’autorise pas les mairies à limiter le nombre de jours de location. Par conséquent, on peut considérer qu’un bien mis en location toute l’année ou presque constitue une activité commerciale. C’est la raison pour laquelle Drancy s’est fortement mobilisée auprès de l’EPT Paris Terres d’envol afin qu’une délibération soit adoptée et permettre de soumettre ces logements à une demande de changement d’usage. Celle-ci a été votée le 28 septembre 2026.
Sans opérer formellement une transformation de la destination du logement en local commercial, le changement d’usage assimile l’exploitation touristique répétée d’un logement à un usage autre que l’habitation. Et pour obtenir ce changement d’usage, la Ville a décidé d’instaurer le principe de compensation. Cela signifie qu’un propriétaire immobilier qui demande un changement d’usage aura l’obligation de remettre sur le marché locatif classique une habitation de surface équivalente.
Logique en zone de logement dite tendue, ce principe permet de décourager la pratique Airbnb et de maintenir une offre de logements disponibles pour les Drancéens. L’absence de déclaration et de demande de changement d’usage sont désormais des délits que la Ville poursuivra. Alors, propriétaires bailleurs, ne tardez pas ! La démarche globale s’inscrit donc dans une politique de défense du cadre de vie.
Copropriétés agissez !
Avec la loi Le Meur, les copropriétés disposent d’un levier beaucoup plus efficace pour interdire les locations touristiques de type Airbnb. Avant 2025, modifier le règlement de copropriété pour les interdire était souvent très difficile, car cela nécessitait généralement l’unanimité.
Désormais, les copropriétés dont le règlement comporte déjà une clause dite « d’habitation bourgeoise » interdisant les activités commerciales dans les lots d’habitation, peuvent voter l’interdiction à la majorité des membres du syndicat, représentant au moins les deux tiers des voix.
De plus, lorsque les règlements de copropriété sont postérieurs à 2024, les syndicats de copropriétaires doivent se prononcer sur l’autorisation ou l’interdiction. Si la permission est accordée, le copropriétaire qui met son appartement en location touristique doit en informer son syndic.
