“En retrouvant les rues, les visages, les paysages de mon enfance, j’ai constaté à quel point la situation s’était aggravée au fil des ans, constate amèrement Marie Saint-Hilaire. L’insécurité omniprésente, l’accès limité aux soins, l’électricité rare, l’eau potable devenue un luxe, l’incertitude permanente... Tout cela compose désormais le quotidien de trop nombreuses familles dans ce pays figé dans ses blessures”. Crise sécuritaire, crise politique, crise humanitaire, crise économique, le climat de chaos qui règne affecte tous les aspects de la vie quotidienne des Haïtiens.
Installée en France depuis 37 ans, dont 34 à Drancy, la présidente de l’association caritative et humanitaire Bougeons pour Haïti, fondée en janvier 2010 au lendemain du dramatique séisme, n’avait pas pu se rendre en Haïti depuis deux ans. Et fin 2025, ce fut une épopée : un vol jusqu’à Saint-Domingue, 8h de bus, autant de bateau, puis encore 6h de bus pour atteindre Léogâne, son village natal. Et ce fut difficile durant deux mois et demi. “Passé 18 heures, on n’ose plus sortir par peur des gangs, je n’ai jamais pu accéder à la capitale qui n’est qu’à quelques km”, décrit-elle encore.
La générosité des Drancéens remerciée
Auparavant, elle partait au moins deux fois par an. Envoyant également un container rempli à ras bord destiné aux enfants des orphelinats comme à la population locale : vêtements, denrées alimentaires, médicaments, couches, etc. Autant d’indispensables qu’elle récolte grâce aux dons des Drancéens et du Secours populaire. Rentrée mi-février, elle partagera son ressenti avec de nombreux Haïtiens de la diaspora, le 28 mars, au salon Petieu. “En quittant le pays, je me suis sentie changée. Plus reconnaissante, profondément touchée par ceux que j’ai rencontrés”, raconte-t-elle avec émotion.
La prochaine fois, Marie Saint-Hilaire espère partir avec sa fille, étudiante à Science Po, et son fils, interne en médecine. Tous deux souhaitent l’accompagner, le futur médecin envisage même d’emmener des confrères. En attendant ce prochain voyage, elle a lancé une pétition pour la réouverture aux vols français de l’aéroport international de Port-auPrince, qui faciliterait l’arrivée de l’aide. Ce dernier voyage l’a tant marquée qu’elle désire éveiller les consciences. “J’ai appris la gratitude, l’humilité, et surtout l’importance de ne pas détourner le regard. Car ignorer, c’est abandonner. Et Haïti ne mérite pas l’abandon."


