Faire du surplace n’est pas une option. Une ville doit être sans cesse en mouvement, sous peine de régresser. Il faut chaque année entretenir l’existant et préparer l’avenir pour ne pas avoir à agir dans l’urgence. Dans une commune structurellement pauvre comme Drancy, une très grande partie des dépenses sont inévitables. À l’image d’une famille ayant de faibles revenus, une fois réglées les dépenses et les charges courantes, il ne reste que peu de moyens pour les autres dépenses.
Depuis l’annonce des dotations de l’État et le vote du budget de la commune en avril, ce n’est plus un secret : les impôts locaux ont augmenté à Drancy. Pour rappel, une ville fixe un taux applicable sur une base fixée par l’État. Si cette dernière a augmenté cette année de 0,8 % (c’est à dire bien en deçà de l’inflation qui, en août et sur un an était de 2,4 %), la ville a fait passer son taux de 42,49 % en 2025 à 48,5 %, soit une augmentation de 6 points ou 15 %.
Drancy n’est pas un cas d’école : de nombreuses villes ont dû faire la même chose car le cadre budgétaire est identique. À Aulnay ce fut 28 %, comme à Bobigny il y a 4 ans. Si vous avez senti passer durement chez vous l’augmentation du coût de la vie, il en va de même pour toutes les collectivités. Mais d’autres coups de massue viennent s’ajouter.
Cela n’aura échappé à personne, l’État a de grandes difficultés avec le paiement des retraites. C’est pourquoi il a fixé par décret une augmentation du taux de cotisation CNRACL (Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales) pour redresser ses comptes. Pour Drancy, cette décision oblige à payer 700 000 euros de plus par an en 2025, 2026, 2027 et 2028. Autrement dit : à partir de 2028, la ville devra régler chaque année 2,8 millions d’euros de plus qu’en 2024.
Un point de taxe foncière rapportant près de 500 000 euros à la ville, cette simple augmentation de cotisation absorbe donc presque la moitié de la hausse des impôts. Et, dans le même temps, la dotation globale de fonctionnement (DGF), une compensation versée par l’État et qui varie en fonction du nombre d’habitants, diminue. Cette subvention est passée en dix ans de 12,89 millions d’euros en 2016 à 11,05 M€ en 2026. Drancy se retrouve pris dans un effet ciseaux difficile à gérer puisque, rappelons-le, à l’inverse de l’État, une ville ne peut pas être déficitaire.
L’augmentation des impôts est importante. Mais il convient peut-être de rappeler qu’entre 2001 et 2026, ils n’ont progressé que de moins d’1 % par an, alors que l’inflation était de 25 %.
Depuis l’an passé, la municipalité a entrepris un travail difficile de réduction des dépenses. Chaque service a été passé au crible et a dû fournir des efforts conséquents. 2,1 millions d’euros ont ainsi été économisés en deux ans. De plus, les contrats de nombreux agents contractuels n’ont pas été renouvelés. Mais n’allons pas imaginer que le nombre d’employés municipaux à Drancy est pléthorique avec 1700 agents pour ses 72 000 habitants. Il y en a autant à Pantin, avec seulement 61 000 habitants ; plus de 2 000 à Bobigny pour 57 000 habitants ; environ deux 2 500 à Aulnay-sous-Bois pour 88 000 habitants. Mais il faut éviter de réduire le service public rendu aux Drancéens.
Les rues continueront d’être nettoyées comme auparavant, de nouveaux espaces verts vont voir prochainement le jour, le nouveau groupe scolaire du Baillet accueillera ses premiers élèves à la rentrée 2028, le stade nautique existant rouvrira entièrement rénové cette même année ; la cantine restera gratuite dans les écoles élémentaires... À son arrivée, notre maire Jean-Christophe Lagarde a amplifié les économies à réaliser, ce qui portera ses fruits en 2027, 2028 et 2029. Par ailleurs, certains travaux de voirie ou projets devront être retardés ou attendre des subventions.
Après une micro-hausse au milieu des années 2000, Drancy n’avait augmenté ses impôts qu’en 2023 (+ 2,9 %) et baissé deux fois d’un demi-pourcent. Vous avez pourtant l’impression que la taxe foncière a fortement augmenté ces dernières années ? C’est vrai, mais ce n’était pas le fruit d’une décision municipale : entre 2015 et 2025, les bases fixées par l’État ont grimpé de 37,4 %. C’était pourtant moins que l’inflation, surtout en considérant les charges supplémentaires que l’État impose aux communes en parallèle.
Comment est calculée la taxe foncière ?
Contrairement à une idée reçue, le fisc ne se base pas sur la valeur marchande de votre bien immobilier, mais sur sa valeur locative cadastrale. Ce montant correspond au loyer annuel théorique que le propriétaire pourrait tirer de son logement s’il était mis en location. Pour obtenir la base imposable, l’administration fiscale applique d’office un abattement forfaitaire de 50 %. Cet abattement est censé couvrir les frais fictifs d’entretien, d’assurance et de réparations à la charge du propriétaire.
Si votre logement affiche une valeur locative de 10 000 euros par an, l’État calculera donc votre impôt sur une base de 5 000 euros. Chaque année, cette base imposable est automatiquement revalorisée à l’échelle nationale en fonction de l’inflation.
Même si une commune décide de ne pas toucher à ses impôts, la taxe foncière augmente donc mécaniquement. Lors du vote de leur budget au printemps, les villes appliquent leur propre pourcentage sur la base imposable décidée par l’État.

